terça-feira, 19 de junho de 2018

O homem encurralado (Parte I - em francês)


Por Germano Xavier

tradução: Luísa Fresta | revisão: Hélène Boisseau


Sábado, 19 de maio de 2018
O homem encurralado

L’homme acculé

Cela fait quelques jours que la douleur a commencé à quitter le corps. Lentement, comme lorsque que l’on s’endort ou l’on cicatrise. Je savais qu'elle se conformerait avec le temps. Elle deviendrait de l’expérience, de la lucidité et une plus grande conscience de la vie. Quand on pense qu’on a tout vu, que nous sommes arrivés au sommet, que rien ne pourra plus nous écraser ou nous surprendre, la vie trouve une façon de se montrer plus mesquine et intelligente que nous. On ressent alors, à nouveau, sur la peau, comme tout peut être imprévisible et brutalement douloureux.

Chaque jour je deviens plus conscient que l'ignorance (de ce qui nous apporterait la souffrance) est une bénédiction. Il n'est pas étonnant que les idiots, les superficiels, les fanatiques, les obtus, soient plus heureux. C'est vraiment un fléau, une malédiction, le fait d’être trop sensible, de trop voir, de trop penser, de faire des comparaisons, d'analyser, d'observer, de disséquer, de déduire et de conclure (tout le temps). C'est le chemin le plus court vers la solitude, la perplexité, l'incrédulité ou le cynisme. C'est une angoisse qui frôle la torture. Le pire est de ne pas pouvoir simplement «laisser aller». Y compris le manque d'attention de quelqu'un quand on est en train de révéler quelque chose de très important ou notre plus grand secret.

Cela aurait pu se passer ainsi : pour elle, leur histoire allait plus loin (et était différente) de la passion, de l’amour romantique ou de l’amitié amoureuse. (Ni meilleure ni pire, juste différente.) C'était une amitié spirituelle, un lien des âmes qui incluait le sexe, mais celui-ci ne serait qu'un plus, un détail, jamais la clé (ni l’axe central) de leur relation. Mais pour que ce genre de relation (si rare et si fragile) soit maintenu et durable, il faut en prendre soin et assurer la réciprocité. Ces relations se nourrissent de complicité, de confiance et d’un bout de sincérité, pénible, à l’occasion. Toutes les relations connaissent leurs querelles mais la différence dans des liens comme celui-ci est que là, les partenaires sont sûrs que rien ne va perdurer entre eux. Et pourtant ils existeront toujours à travers l’autre, en dépit du temps, de l’espace, du silence, des chagrins et des ruptures. Rien de cela n’a l’air définitif. Et peut-être que cette certitude engendre, en quelque sorte, une sorte d’accommodation ou de négligence.

Ils étaient incompatibles, comme le miroir l’un de l’autre, en plus. Elle lui montrait ses limites y compris celle de la liberté (ce qui l’a profondément blessé). Il lui montrait ses faiblesses et ses traumatismes les plus profonds (et elle avait du mal à le supporter), car elle aimait croire que «tout» n’était que du passé et qu’elle était forte, libre, émotionnellement autonome et invulnérable. (Même si cela peut paraître inhumain c’est ce qu’elle voulait devenir). Ou ce dont elle avait besoin. Et lui, il était son unique «faiblesse», la seule qui prouvait qu'elle n'était pas comme ça.

Qu'est-ce qui nous manipule secrètement? Et quelle est la taille de notre liberté au-delà de ces multiples barreaux?

Il est juste un homme acculé par la vie, pouvait-elle penser. Comme tous les autres, comme moi. Il parle, pense et marche comme un homme acculé, lent et solennel. Comme dans une marche funèbre symbolique, on dirait. Comme si chaque pas lui faisait mal et tout le poids de l'Histoire était sur ses épaules. De la première goutte de sang versée à la moindre offense sous le soleil.

Il plaidait coupable, en partie, responsable, en quelque sorte, impliqué, complice, agresseur ou victime. On ne sait pas exactement pourquoi ou comment cela pourrait bien l'affecter. Mais nous savons qu'il ressentait ce poids, comme la douleur du monde, la douleur de l’accouchement à sa naissance et la peine d’exister ; Il le sentait, il portait ce fardeau et le montrait sur ses épaules, dans les yeux et partout dans le corps, dans l’âme entière.

Quand je le vois, je me demande à quel point il se considère libre (malgré sa vocation naturelle pour la liberté). Jusqu’où il se sent «trouvé» par le monde et surtout si son esprit est réellement libre dans son cœur, là où ont lieu les vraies batailles de la vie, les plus importantes. C’est facile d’être libre sauf dans l’âme, pensait-elle.

Et il sait que je suis toujours à ses cotés, même si ce n’était pas réciproque. Mis à part la proximité physique, car celle-ci est une illusion que je ne me suis jamais permise. Je n’ai jamais osé rêver, nous voulions quelque chose de bien plus modeste, juste une attirance réelle, une certaine complicité d’esprit, un franc partage, une amitié dans les deux sens, spirituelle, qui pourrait inclure le sexe, de préférence. Juste ça. A vrai dire, rien de plus que la pénombre.

Pour ceux qui ont souffert le «mal de vivre», étant des survivants, tout se complique et s’amplifie (on devient plus sélectifs). Très peu de choses sont alors très importantes et la plupart deviennent négligeables. Car la vie n’est plus que cela, de même que les êtres sont juste des personnes, égarées dans le temps entre le ciel et la terre, ne connaissant rien à part leur manque d’importance, leur vulnérabilité et le fait que l’avenir est incertain et extrêmement improbable. Ces gens là, personne ne peut les blesser sauf ceux qu'ils aiment (car aimer c’est permettre à autrui d’avoir un pouvoir sur nous). Ce n'est pas un choix : c'est un impératif de l'amour même, puisque l'Amour précède la vie.


* Imagem: https://www.deviantart.com/art/Emigration-Song-76429168

2 comentários:

Anônimo disse...

Mereces um aplauso e um abraço forte, pela coragem de reformular estas questões da existência. Estaremos todos encurralados? Nas tuas palavras há sempre uma saída.

Beijo

Luísa

Germano Viana Xavier disse...

Parece mesmo que estamos, Luísa. Todos, sem exceção, encurralados.
Beijos grande e obrigado por este belíssimo presente.